Choisir un niveau géographique de représentation cartographique

Publié le par Laurent Lepiller

Le choix de l'unité géographique de représentation lorsque l'on réalise une carte d'analyse thématique est un des choix les plus importants. On doit en effet concilier de nombreux critères, qui sont le plus souvent incompatibles, au moins dans une certaine mesure. Tout choix sera donc nécessairement un choix de compromis!

 

Quels sont ces principaux critères?

 

1°) Tout d'abord, il est nécessaire de pouvoir disposer des données pour les unités géographiques que l'on souhaite représenter...Cela semble une évidence, mais elle n'est pas sans conséquence! En effet, il est assez rare que toutes les données soient parfaitement disponibles sur toutes les unités d'un niveau géographique donné: valeurs manquantes, unités créées ou disparues selon les dates d'observations, valeurs confidentielles en fonction d'un seuil de population, changement de dénomination ou de constitution d'une zone,... les obstacles ne manquent pas. On doit donc souvent avoir recours à des agrégations de données (cumuler l'information sur une zone plus large que celle où la donnée est disponible), soit à desmodélisations à un niveau inférieur de données manquantes à partir de données plus agrégées, et de critères corrélés à la variable étudiée.

 

2°) On souhaite généralement disposer de la plus grande précision possible, donc de l'unité géographique de taille la plus faible possible.

 

3°) La taille de l'unité géographique doit être suffisamment importante pour garantir la fiabilité des données étudiées. En particulier lorsque les informations analysées proviennent d'un sondage, on doit porter une attention toute particulière à ne pas analyser que du bruit...

 

4°) Le nombre d'unités géographiques doit être compatible avec la lisibilité de la carte résultante. il n'y a pas de règle absolue en la matière, mais le nombre de ces unités influera sur les types de représentation qu'il est raisonnable de mettre en oeuvre. En outre, les traitements seront d'autant plus longs que le nombre d'unités augmente, jusqu'à rendre certains logiciels inutilisables au delà d'un certain seuil...

 

5°) Les unités géographiques doivent être aussi homogènes que possible, tant au niveau de leur taille intrinsèque (ie population, lorsqu'on parle de socio-démographie), que de leur représentation, c'est à dire de leur surface pour une analyse cartographique classique. En effet, analyser en même tant des zones très peuplées et peu peuplées conduira à des biais d'analyse (plus les unités sont grandes, plus les valeurs extrêmes de phénomènes sont rares, et réciproquement) alors que de grosses différences de surface conduira à des biais de perception (une grosse surface est plus visible qu'une petite surface!).

 

6°) Les unités géographiques doivent être repérables (identifiables) par le lecteur.

 

Dans le cas qui nous intéresse ici (représentations socio-démographiques de la France Métropolitaine), que retiendra t on?

 

- Tout d'abord, on se tournera vers des subdivisions administratives du territoire, car c'est à ces niveaux là que la quasi totalité des données est publié.

 

- On excluera les régions et les départements, trop vastes pour percevoir des effets locaux, et pour lequels les effets de frontière (variation brutale enter deux unités mitoyennes) sont trop marqués.

 

- On ne s'intéressera pas aux innombrables zonages d'étude existants (Zone d'emploi, aires urbaines, Unités urbaines, bassins de vie, arrondissements,... j'en oublie surement -), dont la multiplicité obère la pertinence et l'intérêt !

 

Trois zonages possibles s'offrent alors à nous (par taille décroissante):

 

- Les cantons

- Les communes

- Les IRIS

 

Eliminons tout d'abord les IRIS...

Découpage infra communal, ils posent en effet des problèmes qui sortent de l'ambition (modeste) de ce site:

- leur localisation nécessite une cartographie spécifique, onéreuse car difficile à réaliser. Les variations entre les deux derniers recensements ne facilitent pas la tâche, d'ailleurs!

- ils ne sont utilisés quasi exclusivement que par l'INSEE, et limitent donc les croisements de données.

- leur relative petite taille, conjuguée à la nature par sondage du recensement rénové millésimé 2006 (seulement 40% des ménages de ces zones ont été recensés), et de l'exploitation complémentaire du dit recensement (seulement 1/4 des bulletins dépouillés pour les questions les plus lourdes) conduit à s'interroger sur la fiabilité des analyses qui peuvent y être réalisées.

 

 

Restent donc en lisse: cantons et communes

 

Les communes sont l'unité de base de toutes les publications de l'administration française. Elles sont donc la maille la plus classique de représentation et d'analyse.

Les cantons sont un regroupement de communes, ou morceaux de communes.Pour éviter ces morceaux de communes qui posent de nombreux problèmes (cf IRIS supra), on utilise aussi les "pseudo cantons"ou "Cantons villes", qui sont en fait le le plus petit commun dénominateur entre cantons (vrais) et communes: si le canton est constitué de morceaux entiers de communes, il est "Canton Ville", sinon, les différents morceaux de la commune sont regroupés dans un seul "Canton Ville" (et les morceaux de cette commune figurant dans plusieurs cantons sont alors exclus des "Cantons Villes" correspondants!).

 

J'ai opté ici pour les Cantons Villes.

Deux raisons principales:

 

 

Tout d'abord, les tailles des cantons villes (en nombre d'habitants) sont nettement moins hétérogènes que celles des communes. Pour preuve, la courbe de Gini de de chacune ci dessous:

 

  Gini Com CV 

 

Horizontalement, le pourcentage d'unités géographiques, et verticalement, le pourcentage de population.

En rouge, les communes, et en bleu les cantons.

Donc 50% de la population se trouve dans les 85% des plus petits cantons, et dans 95% des plus petites communes. Ou, de façon symétrique, la moitié de la population française habite les 15% des cantons les plus peuplés, ou les 5% des communes les plus peuplées....

 

 

 

 

Même si on est encore loin d'unités de tailles toutes égales (la moitié des cantons ne regroupe que 20% de la population,...), les cantons villes offrent une unité significativement plus homogène que les communes.

 

 

Ensuite, le plus petit nombre d'unités s'adapte mieux à une représentation cartographique "France Entière", et à des traitements informatiques rapides...

 

Pour affiner l'analyse et réduire encore un peu l'hétérogénéité en taille des cantons Villes, on a ici découpé Paris Lyon et Marseille selon leurs arrondissements.

 

 

Toutes les analyses seront donc réalisées - sauf impossibilité dûment mentionnée - sur ce découpage hybride: Cantons villes 2006, et arrondissements de Paris Lyon Marseille.

Publié dans Making Of

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